Revue de presse Janvier 2025

Dans les kiosques

    • « Frère, sœur… et rival ». Bruno Humbeeck* explique le socle biologique de cette rivalité puis nous apprend à distinguer « taquinerie », « chamaillerie » et « dispute » et surtout nous indique comment réagir afin que chacune de ces situations devienne une occasion de s’éduquer à la vie sociale. Pour la taquinerie il montre l’importance de vérifier le consentement au jeu, et je me suis immédiatement dit que c’était une éducation indispensable pour pouvoir plus tard l’appliquer aux jeux amoureux…
    • « On peut se libérer de sa fratrie ». Nicole Prieur* analyse les mécanismes en action : « La clé est de bien comprendre au contraire que le lien fraternel n’est pas donné d’emblée, qu’il se constitue à partir d’une expérience de perte pour l’ainé. » Elle insiste sur le rôle fondamental du sentiment d’injustice et décrit les différentes circonstances de la vie qui peuvent le réactiver, l’exacerber ou l’atténuer et notamment l’héritage. Cependant : « Les parents ont beau vouloir être aussi équitables qu’ils le peuvent, c’est impossible, car c’est une question de perception subjective de la part des enfants. » Elle évoque aussi les « loyautés invisibles* » entre frères et sœurs qui sont très puissantes et nécessitent parfois une trahison libératrice. Finalement : « Ce dont se plaignent le plus souvent les membres des fratries, c’est du manque de reconnaissance, et d’être constamment comparés l’un à l’autre. Il faut faire une place à chacun de nos enfants dans leurs différences, dans ce qui les singularise, car plus un enfant se sentira accepté et valorisé dans son unicité, plus il sera rassuré sur son identité, et moins les manquements et les frustrations seront douloureux. »
    • « Quand les « fake news » créent de faux souvenirs ». Cet article qui collecte les études sur ce thème et explique la théorie du contrôle de la source n’est guère rassurant ! Non seulement le phénomène se confirme, mais en plus il nous affecte plus fortement nos domaines d’expertise… et la pratique du fact-checking* n’est efficace que transitoirement ! Sans surprise nous sommes d’autant plus sensibles à ces fausses informations qu’elles vont dans le sens de nos préjugés ( biais de confirmation*). Une seule solution : exercez constamment votre esprit critique.
    • « Rééquilibrer ses énergies psychiques, vraiment ? » Yves-Alexandre Thalmann* se livre à son exercice favori, le chamboule-tout, et s’attaque au Reiki* ! Il rappelle que : « S’occuper de quelqu’un en lui manifestant un intérêt réel durant de longues minutes est toujours mieux que l’administration d’un médicament sans détour pour soulager la douleur. » Malheureusement le business Reiki* a encore de beaux jours devant lui, tant que les vrais soignants ne seront pas formés et motivés pour développer la communication thérapeutique* dont le premier principe est l’écoute sincère et la reconnaissance de la souffrance du patient.e !
    • « Obéissance aveugle : les leçons de Milgram ». Je me faisais un plaisir de lire une article détaillant et analysant la célèbre expérience de Stanley Milgram* (en 1974) sur la soumission à l’autorité. En fait la description est brouillonne et incomplète (ne parlant pas par exemple de l’influence du désaccord entre les représentants de l’autorité) et le film « I comme Icare » d’Henri Verneuil (qui n’est pas évoqué), m’a paru bien plus instructif. Les auteur.e.s font bien le point sur les remises en question de cette expérience (qui reste validée) et les mécanismes en cause, mais j’ai regretté qu’à propos du concept de « déplacement de la culpabilité » d’Albert Bandura* ils n’aient pas évoqué le roman de Robert Merle : « La mort est mon métier ».
    • « Ados : quand le cerveau devient adulte ». J’avais quelques idées sur le sujet, mais j’ai adoré découvrir de nouvelles explications très éloignées de mes a priori ! Alors oui, la prédominance du circuit de la récompense* (dopamine*) et l’immaturité des fonctions exécutives* supérieures (anticipation, planification) favorisent les conduites à risque, mais l’article précise surtout le rôle majeur du contexte social (regard des pairs) et, de façon plus surprenante, celui des expériences personnelles antérieures. Ces expériences (le vécu des conséquences des prises de risques) sont fondamentales pour la maturation du système exécutif à un âge où la plasticité cérébrale est encore importante, car ensuite intervient l’optimisation des connexions neuronales* qui améliore la transmission mais diminue la flexibilité.
    • « Pourquoi il faut lire des histoires aux enfants ». En dehors du renforcement du lien d’attachement*, la lecture à voix haute favorise l’apprentissage de la lecture, augmente considérablement le vocabulaire, développe la confiance en soi, améliore les résultats scolaires et donne envie de lire par soi-même, quel que soit le niveau social. Comment comprendre que : « 47% des jeunes de moins de 7 ans n’y ont jamais droit, ou presque ». Et si vous voulez comprendre comment la lecture est un puissant moyen d’ascension sociale ( associé au stimulant du désir amoureux) lisez « Martin Eden » de Jack London ! Evidemment vous pouvez aussi lire « Bouvard et Pécuchet » de Gustave Flaubert et aboutir aux conclusions inverses, mais avec le sourire !

Au total : Encore un numéro très riche.

    • « Dois-je partir ou rester ? » Une situation classique à laquelle Charles Pépin* donne un réponse qui montre tous les liens entre philosophie et thérapie brève*.
    • « Que puis-je savoir de l’autre ? »
      • « Inconnu à cette adresse ». Présentation du sujet avec moultes citations philosophiques pour bien jalonner la progression des idées au fil du temps et confirmer que l’autre est insaisissable en totalité et que chercher à le connaître nous permet aussi de mieux nous connaître.
      • « Secrets de famille ». Plusieurs exemples montrent le poids de ces secrets.
      • « Peut-on vraiment connaître… »
        • « …Son amant(e) ? » : La réponse de Francis Wolff* : « Il est impossible de connaître pleinement qui que ce soit. » et « Pour connaître une personne, il faut d’abord désirer la connaître. »

« … Sa famille ? » : Pour Sophie Galabru* : « Interroger ses parents implique d’être capable de s’intéresser à eux comme à des personnes distinctes de leurs rôles familiaux : c’est un signe de maturité. Mes proches ne sont pas réductibles à la place qu’ils occupent pour moi. » Mais évidemment en retour : « Quand on est soi-même parent, on a la charge d’accueillir, d’instruire et d’élever son enfant. Nous devons aussi accepter d’avoir affaire à une liberté qui pourra décider de nous critiquer. » A mettre en résonnance avec le colloque  sur la notion de place en thérapie !

        • « … Ses ami(e)s ? » : On est souvent plus déçu.e par ses ami.e.s que par ses amours.
        • « … Ses voisin(e)s ? : Tout dépend de leur position géographique !
        • « … Ses collègues ? » : Olivier Sibony* met en garde contre l’effet de halo* et les stéréotypes.
    • « Mon smartphone peut-il savoir mieux que moi comment je vais ? » Cet article énumère de nombreuses applications  (Mood-flow, Jardin mental, etc. ) censées nous aider à gérer notre santé mentale (généralement grâce à l’intelligence artificielle*) et leur éventuel intérêt. Marion Leboyer* explique que « L’intérêt des outils numérique appliqués à la santé mentale, c’est qu’ils permettent de mesurer un certain nombre de comportements ou de paramètres objectifs………… mais en aucun cas, ils ne remplacent un diagnostic médical. » Certaines applications sont intéressantes, comme celle utilisée au CHU de Montpellier pour le suivi des tentatives de suicide ou SIMPLe+ destinée aux personnes bipolaires, mais sur 10 000 applications recensées par le site MINDapps, 5% au maximum sont validées après essais cliniques ! Encore une fois la recherche du profit l’emporte sur la recherche scientifique et si la technologie peut être une béquille (surtout vu la pénurie de soignants spécialisés) elle n’est pas une solution miracle et comme le dit Josselin Houenou* : « Un suivi automatisé de qualité, même aidé par l’IA, reste un leurre. La souffrance, la force du déni, l’imprévisibilité des états psychiques sont trop grandes. Un thérapeute humain reste irremplaçable. »

Au total : Un numéro intéressant mais pas indispensable, sauf si vous vous intéressez à Vladimir Jankélévitch*

    • « Le cerveau, grand manitou de notre santé ». Lutte contre le stress, takotsubo*, effet placebo*, importance du sommeil, etc. Patrick Lemoine* passe rapidement en revue les principales interactions entre notre cerveau et notre santé physique et/ou psychique. Les prescriptions sont classiques : sport, méditation, cohérence cardiaque*, s’offrir des pauses, respecter son sommeil, etc.
    • « 6 patchs contre la douleur ». J’ai bien aimé cet article qui décrit les avantages et inconvénients de chacun des articles.
    • « J’ai choisi de soigner autrement ». Le problème de cette série de 6 portraits c’est que l’on y trouve un peu de tout y compris beaucoup de « thérapies » sans grande validation scientifique (médecine chinoise, acupuncture*, naturopathie*, moxibustion*, sophrologie*, etc. ) et sans prise de recul. L’hypnose apparait dans la pratique d’une anesthésiste-réanimateur pratiquant la médecine intégrative* à l’hôpital et d’une infirmière installée en libéral, faute d’avoir pu développer sa pratique à l’hôpital !
    • « Apaiser sa relation à l’argent ». L’analyse et les conseils de Joseph Agostini* : rien de révolutionnaire. Je me souviens que : « L’argent est un bon serviteur et un mauvais maître » (attribué au poète romain Horace).

Au total : Rien qui justifie l’achat, sauf si vous voulez choisir un patch analgésique.

    • « Arthrose, migraine, sciatique, douleurs neuropathiques : STOP à la douleur ». Un dossier intéressant et bien documenté, avec des spécialistes reconnus, qui néglige un peu les approches psychocorporelles* mais donne une bonne idée des problèmes et des solutions (y compris certaines pour la migraine que je ne connaissais pas) sans cacher les effets secondaires et les coûts.
    • « CBD : quelle efficacité et quels risques ? » Les auteurs prennent quatre pages et beaucoup de doigté pour dire que les effets sont très variables et les études peu concluantes !
    • « Dépression saisonnière : les clefs pour conserver la forme ». Quelques conseils et la luminothérapie* !
    • « Départ à la retraite : quels impacts psychologiques ? » Lune de miel puis désenchantement puis stabilisation (acceptation) les étapes sont évoquées et l’ensemble des problèmes bien abordé (motivations, famille, sexualité avec des pistes de solution. Il m’a manqué l’incidence du statut financier et les éventuelles difficultés de la vie à deux à plein temps pour certains couples… mais j’ai bien aimé cet article.
    • « La gestalt-thérapie : une psychothérapie à part entière ». Présentation en deux pages de cette approche psychocorporelle*. Un peu court pour bien comprendre comment cela fonctionne.
    • « L’alcool bénéficie d’une image beaucoup trop positive ». Mickaël Naassila* s’attaque aux lobbys de l’alcool et rappelle que « Toute consommation d’alcool comporte un risque pour la santé », même « modérée » et en dehors de la grossesse.

J’avoue que j’ai révisé mes idées sur ma propre consommation, pourtant très faible !

         Au total : Pas inintéressant mais rien qui justifie vraiment l’achat

    • « C’est pas magique, c’est scientifique ! »
    • Je ne vais pas vous détailler ce numéro passionnant qui associe explications scientifiques faciles à comprendre, illustrations bluffantes sur les illusions d’optique, tutoriels détaillés pour briller devant votre public et références nombreuses et pertinentes.
    • Ce numéro hors-série vous sera d’une grande aide pour capter et détourner l’attention des enfants lors des soins sous hypnose, mais pensez toujours à expliquer qu’il « y a un truc » et au besoin le transmettre à l’enfant. Vous êtes un.e soignant.e, pas un.e sorcier.e !

Au total : Achetez ce numéro si vous travaillez avec des enfants ou voulez distraire et instruire ceux autour de vous.

    • « Vraiment efficaces, les thérapies complémentaires ? »
      • « Acupuncture : des bienfaits encore mystérieux. Aucune preuve de l’existence des méridiens mais une efficacité reconnue pour la douleur et les nausées vomissements. L’auriculothérapie* aussi semble utile dans l’anxiété préopératoire.
      • « L’ostéopathie musculo-squelettique ». Pas mieux que la kinésithérapie et des professionnels de qualification variable…
      • « Bain de forêt : un anti-stress sans effet secondaire ». Le Shinrin-yoku* commence à faire ses preuves.
      • « Jeûne thérapeutique » : en attente de preuves ». Rien à rajouter !
      • « L’hypnose : des bénéfices incontestables contre la douleur ». Un article court mais qui reprend de bonnes références.

Au total : Assez cher mais intéressant, à laisser traîner dans les salles d’attente.

    • « Les bienfaits du câlin ». Soyons clairs : il ne s’agit pas du câlin amoureux, mais de ces moments de contact affectueux non sexués entre deux personnes (voire avec un animal). Céline Rivière* avertit d’emblée qu’ « Un câlin ne s’impose pas, ne se subit pas, il se partage. » Elle en décrit les multiples bienfaits (activation des lien d’attachement*, libération d’ocytocine*, régression en âge, développement de la confiance en soi, stimulation immunitaire, etc.) et explique les mécanismes en cause. Au passage elle signale les dérives mercantiles des « bars à câlins ».  Pour ma part je rajoute a ces dérives les prestations d’Amma !

Au total : Sympathique, mais ne suffit pas à justifier l’achat

    • « C’est la rage de comprendre qui m’a sauvé ». Je n’ai jamais lu un livre de Boris Cyrulnik* (pas encore…) et je n’ai jamais assisté à une de ses conférences, mais cet entretien avec Jean-François Marmion* m’a profondément touché comme aucun autre portrait de lui lu auparavant. Surprise, admiration, tristesse, révolte, indignation, frustration de ne pas l’avoir encore rencontré, tout s’est bousculé dans ma tête. Difficile de ne pas admirer tant d’intelligence et de volonté, difficile de ne pas être retourné par les souffrances de l’enfant traumatisé que personne ne veut entendre…, difficile de ne pas être révolté par la suffisance, la stupidité, l’intolérance de « grands intellectuels » vis-à-vis de pensées différentes de leurs dogmes !

Alors même s’ils sont évoqués n’attendez pas un cours sur la résilience* ou sur l’attachement*, mais LISEZ CET ARTICLE qui vous fera comprendre la vie et la thérapie bien mieux que nombre de traités de psychologie.

    • « Les chiens aboient, la caravane passe ». Un dicton à méditer.
    • « Comment trouver sa place ? » Un dossier de 25 pages :
      • « Chacun cherche sa place ». Excellent article d’introduction qui explore les différentes facettes de la notion de place et surtout ses évolutions de l’antiquité jusqu’aux réseaux sociaux sans oublier le passage de la lutte des classes à la lutte pour l’ordre des places.
      • « Un déplacement infime peut changer notre vie ». Ce long entretien avec Claire Marin* est m’a profondément intéressé et montre à quel point thérapies et philosophie s’enrichissent mutuellement.
      • « Frères et sœurs, nos premiers rivaux ? » Vous l’avez peut-être remarqué j’adore les articles qui déconstruisent savamment des idées préconçues et j’ai donc adoré cet article qui démontre (preuves scientifiques à l’appui) l’idée que le rang dans la fratrie a un impact sur la personnalité et vous invite à le lire et le faire connaître.
      • « A l’aveugle : qui a écrit ce texte ? » Un beau texte pour tester vos connaissances. 

Au total : Achetez cet excellent numéro

Par thème

« En pratique – Si cela ressemble à une fibromyalgie… « C’est probablement ce dont il s’agit ». Medscape. 24 Juillet 2024. C’est comme l’embolie pulmonaire : la pire erreur c’est de ne pas y penser !

«Grossesse et sexualité : que dire aux patient.e.s ? ». Medscape. 02 Mai 2028. Les conseils du Dr Pascal Bouché*.